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L'Asie Renonce AØ Sa Tradition Culturelle Des Droits De L'Homme

 

Lam Le Trinh / Laâm Leã Trinh

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Les normes des Droits de l’ Homme s’appliquent aø toutes les cultures

Plusieurs experts Europeùens dont S. Marcus Helmons et O. Paye, professeurs de Sciences Politiques aø Louvain et Bruxelles, deùclarent que le concept des Droits de l’ Homme est un produit de l’ Occident . En 1993, 48 nations de l’Asie et du Pacifique confirmeørent indirectement ce point de vue quand elles signeørent le 1er Avril une deùclaration commune protestant contre les efforts des organisations internationales d’ imposer d’ une facon inadmissible leur eùchelle de valeurs occidentales sur leur gouvernement. Ce texte, deùnommeù la " Deùclaration de Bangkok", repreùsente la prise de position des eùtats membres asiatiques qui assistaient aø la Confeùrence des Droits de l’ Homme organiseùe par les Nations Unies aø Vienne deux mois plus tard. Ladite deùclaration insiste en particulier sur le respect de la souveraineteù nationale , le principe de l’ inteùgraliteù territoriale , la non interfeùrence dans les affaires inteùrieures des autres pays et l’ interdiction d’ utiliser les Droits de l’õ homme comme moyens de pression politique .

Le 7 Octobre 1993, aø l’ Assembleùe pleùnieøre des Nations Unies , le Vice Premier Ministre du Vieät Nam Phan Vaên Khaõi deùclara : " Nous consideùrons l’õ imposition des droits de l’õ homme comme conditions pour eùtablir les relations diplomatiques entre les eùtats est un exemple d’ injustice et de manque de deùmocratie ". En Aout 1994, le Ministre Adjoint des Affaires EÙtrangeøres Traàn Quang Cô publia , quant aø lui, un commentaire intituleù " Droits et Valeurs " dans la revue Far Eastern Economic Review dans lequel Cô ne se geâna pas d’ affirmer : " Le concept des Droits de l’ Homme est une invention culturelle occidentale. Il n’ existe pa s dans la culture de l ‘Asie. Les Asiatiques ont la coutume de respecter ceux qui les gouvernent ".

Ces points de vue attaquent l’ universaliteù des Droits de l’õ Homme et sont baseùs sur le fait que les gouvernements n’õont pas aø respecter les droits universellement reconnus aø cause de leurs particulariteùs culturelles. Fondamentalement, ils sont erronneùs.

 

L’ Asie a une tradition culturelle milleùnaire qui respecte les Droits de l’õ Homme .

Dans l’õ article " Les droits de l’ homme apreøs Auchwitz. Un eùdifice en queâte doõ acheøvement" publieù dans la Revue Politique de Janvier 1996, aø Bruxelles, le professeur O. Paye mentionne que le concept des droits de l ‘û homme fut exposeù pour la premieøre fois au 16eøme sieøcle dans les eùcrits des humanistes chreùtiens mais que la personne aø laquelle revenait le meùrite d’õen esquisser la syntheøse est Hugo de Groot ou Grotius, un diplomate et jurisconsulte hollandais. Dans son oeuvre " De jure belli ac pacis, Du droit de la guerre et de la paix ", Grotius soutient que les forces eùtrangeøres sont habiliteùes aø intervenir dans un autre pays quand le peuple y est perseùcuteù de facon inhumaine, patente et intoleùrable. Durant cette meâme peùriode, deux philosophes britanniques Thomas Hobbes ( l’ auteur du livre Leviathan ,1651) et John Locke ( dans son "Essai sur l’õ entendement humain ",1690) insistent sur les droits des citoyens dans la socieùteù. En particulier, Locke, l’ homme qui a poseù les fondations de la deùmocratie moderne, professe que l ûauthoriteù supreâme est deùtenue par le peuple et qu’ en vertu d’õ une deùleùgation de pouvoirs reùvocable, le gouvernement est responsable aø son eùgard . D’ autre part, les dirigeants sont tenus eux meâmes de respecter la loi . Le respect des droits de l’ homme et du citoyen est l’õ essence de la deùmocratie. La violation de ces droits eùquivaut aø la neùgation de la deùmocratie. Un peuple priveù de liberteùs n’õ est plus maitre du pays et de son destin.

En Asie, plus de 2000 ans avant Grotius, Hobbes et Locke, deùjaø Confucius (351 - 479 avant J.C) avait choisi l’ûhomme comme le but de ses recherches et l’ objectif de son enseignement philosophique . "Si vous ne comprenez pas l’õ homme, comment pouvez vous comprendre l’õ Etre Supreâme ?", disait- il . Pour baâtir une socieùteù juste et humaine, Confucius recommande " Le monde est notre bien commun, consideùrons les eâtres chers et les enfants des autres comme les noâtres. Choisissons les sages et les capables (pour gouverner), enseignons la confiance et apprenons aø vivre dans la concorde". Un sieøcle plus tard, dans la meâme Chine, Mencius (372- 289 avant J.C.) propagea des preùceptes plus audacieux que son maitre Confucius et John Locke quant aux pouvoirs du peuple . D’õ apreøs Mencius, si l’õempereur ne remplit pas son mandat ceùleste et reøgne en despote, le peuple n ‘ûest pas tenu de lui rester fideøle et peut le renverser au nom du Ciel . "Le peuple vient en premier lieu, puis la nation (car sans le peuple, il n ‘y a pas de nation), le roi est au 3eøme rang "

Au Vieätnam , au 15eøme sieøcle, le Code Hoàng Ñöùc des rois Leâ contient des clauses instituant le controâle des abus mandarinaux et garantissant aux femmes un statut qui n’ a rien aø envier par rapport aø celui des hommes, Sous la dynastie des empereurs Lyù , des concours triennaux furent organiseùs pour recruter des lettreùs vertueux et capables afin de servir la Cour et la Patrie . Le bouddhisme et la doctrine taoiste de Lao Tseu , l’õ expert des aphorismes et paradoxes , contemporain de Confucius et auteur du classique Tao-teâ-king (La Voie et sa vertu), ceùleøbrent l’õ importance de la personne humaine consideùreùe comme le centre de leur enseignement et aø laquelle est deùvolue la taâche d’õ eùquilibrer les relations entre la famille , la socieùteù et l’ Etre Supreâme .

En conclusion, contrairement aux vues borneùes et sans fondement de Traàn Quang Cô, l’ Asie n’ a pas sous- estimeù le roâle de l’ individu . Avant l’õ Occident, l’õ Asie heùrite des traditions culturelles respectueuses des droits de l ‘homme. Ce sont les reùgimes reùpressifs actuellement au pouvoir qui freinent par leur systeøme obscurantiste les progreøs de l’õ Asie sur la voie de la deùmocratie et de la technologie. L’ unipartisme est aø l’ origine de l’ instabiliteù qui y reøgne. Pour perpeùtuer leur domination, ces reùïgimes , intentionnellement, tournent le dos aø leur passeù culturel qui les embarrasse. Au Vieätnam en particulier, les dirigeants communistes ne se sont pas geâneùs de clamer maintes fois urbi et orbi qu’õ ils ont remplaceù le systeøme "deùmodeù" de leur pays et sa structure sociale " injuste" par le modeøle marxiste inspireù par une ideùologie eùtrangeøre .

 

Les droits de l’õ homme sont universels.

Comme mentionneù plus haut, il est troublant qu’ aujourd’hui plusieurs gouvernements - occidentaux et orientaux - refusent de respecter les droits de l’õhomme en se basant sur leurs preùtendues diffeùrences culturelles . Par exemple, dans le monde islamique, les lois internationales des droits de l’homme en matieøre d’ eùgaliteù pour les femmes, la liberteù de religion et la punition judiciaire sont pratiquement ignoreùes car elles sont preùceùdeùes par les restrictions de la loi islamique traditionnelle ou sha’ria. D’ autre part, les dirigeants de la Reùpublique Populaire de Chine ont toujours maintenu que leur culture concoit aø sa manieøre les droits de l’õ homme en ce sens que les droits collectifs doivent preùvaloir sur les droits individuels et que les droits eùconomiques, sociaux et culturels loõ emportent sur les droits civils et politiques . Meâme aux EÙtats Unis, assez reùcemment, des critiques ont eùteù formuleùes dans l’õenceinte du Congress contre certaines clauses jugeùes " contraires aux valeurs religieuses et culturelles ameùricaines" dans la Convention sur l ‘ Elimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes .

Ce genre d’ exceptionalisme normatif , pour utiliser le mot de Morton E. Winston dans son article "The case for universality ", est neùfaste aø la campagne en faveur du respect des droits de l’õ homme.Cet exceptionalisme repose sur deux erreurs basiques :

1 - Il ne s’õagit pas d’un concept occidental .Les droits de l’ homme, tels qu’ ils sont universellement reconnus , ne sont pas une invention culturelle que l’õ Occident impose au reste du monde . En effet, depuis 1945 aø nos jours, les eùtats deùcoloniseùs d’ Afrique, d’õ Asie et d’õ Ameùrique latine ont joueù un roâle de plus en plus important dans les conventions et autres organisations qui ont contribueù au deùveloppement des lois internationales sur les droits de l’õ homme . Les Etats Unis ont essayeù parfois de freiner et de deùrailler ces traiteùs. Quand ils ne sont pas parvenus aø leur fin, ils ne se sont pas geâneùs de refuser de les signer ou de les ratifier ou encore doõ introduire des reùservations pour en reùduire l’efficaciteù .

Que de fois les exceptionalistes islamiques et asiatiques ont deùnonceù les puissances de l’ Occident d’õ utiliser les droits de l’õ homme pour servir leurs propres inteùreâts ! . L’õ abus du concept des droits de l’ homme par ces gouvernements a creùeù beaucoup de cynisme et de malentendus. Il convient toutefois de ne pas confondre leurs invocations rheùtoriques avec les reùclamations authentiques et les discussions sinceøres sur lesdits droits faites par les organisations humanitaires et deùsinteùresseùes telles que Amnesty International, Asia Watch, Pueblo Institute qui ont insisteù qu’ un unique standard soit imposeù aø tout le monde. Il faut aussi eùviter de commettre " l’õillusion geùneùtique, the genetic fallacy" dans le domaine de la logique en meâlant l’õorigine d’õune ideùe, theùorie ou croyance avec sa leùgitimiteù. Ce n’ est pas parce que la bicyclette a eùteù inventeùe en Europe qu’ elle est un moyen de transport totalement inapproprieùe en Chine. S’õil eùtait vrai (et ceci n’est pas vrai du tout!) que les ideùes sur lesquelles reposent les lois contemporaines reùgissant les droits de l’õ homme provenaient seulement de certaines cultures, les normes leùgales qui repreùsentent ces valeurs resteraient valides meâme pour les pays avec des histoires et cultures diffeùrentes .

 

Les tyrannies de la majoriteù.

L’õ autre erreur est de croire que les personnes qui se targuent de repreùsenter la culture dans un certain pays disent la veùriteù. Les leaders de Beijing, Hanoi, La Havana et Pyongyang ont ils jamais pris la peine de sonder leurs peuples pour savoir s’õ ils partagent leurs vues selon lesquelles les droits individuels aø la liberteù, la seùcuriteù de la personne et la participation au processus politique doivent eâtre sacrifieùs aø l’õ ideùologie marxiste de la lutte des classes ? . Les religieux islamiques ont ils jamais demandeù aux femmes musulmanes si elles sont satisfaites avec leurs conditions au sein du mariage en comparaison avec la loi internationale? . Aux Etats Unis, avec une socieùteù multiraciale et multiculturelle, les valeurs et les religions de quels groupes ethniques repreùsentent la culture ameùricaine? . AØ supposer qu’ il soit possible de deùterminer d’õune facon pas trop erronneùe les croyances d’ une culture dominante au sein d’õune socieùteù donneùe, ces croyances meùritent elles neùcessairement d’ eâtre accepteùes? . L’õ histoire a prouveù que les majoriteùs culturelles ne sont pas infaillibles. L’influence des hommes de couleur , descendants d’ esclaves, aux Etats Unis est un exemple eùloquent .

Dans une societeù, le probleøme de la protection des minoriteùs est d’importance. Ces minoriteùs comprennent non seulement des groupes qui se distinguent de la majoriteù de la population par leurs particulariteùs ethniques, religieuses, linguistiques,ø mais aussi par leurs opinions politiques: reùformistes, revisionnistes, activistes et meâme les dissidents qui exercent leùgalement le droit de diffeùrer ( right of dissent), un droit essentiel dans un reùgime deùmocratique . De nos jours, parmi les groupes minoritaires dans un pays, la lutte pour les droits des individus est brulante. Peut eâtre plus brulante meâme que le choc entre les blocs culturels dans le monde. Sous un reùgime politique, surtout un reùgime authoritaire, la pression de la majoriteù est toujours lourde, treøs lourde aø supporter.

 

Le dossier des violations des droits de l’ homme au Vieätnam

En Feùvrier 1930, Hoà Chí Minh fonda le Parti Communiste Indochinois et par eùtapes successives, mit le Vieätnam sous la coupe de la 3eøme Internationale. Durant la longue guerre contre la France, les EÙÂtats Unis et le Vieätnam Sud, le Nord VN n’õa reculeù devant aucun crime pour affronter les ennemis du dehors comme du dedans. AØ l’õ inteùrieur du pays, le peuple comme l’ opposition politique et les cadres reùfractaires du Parti (ou PCV) furent impitoyablement chaâtieùs. Avec l’ expeùrience acquise aø l’õ eùcole de Moscou et Beijjng, les marxistes vietnamiens surpasseørent meâme leurs maitres en cruauteù et sadisme.

La population du Nord fut la premieøre victime de l’ oppression aø travers une seùrie de campagnes hallucinantes: Reùøforme agraire (1962- 1964) , reùpression contre les intellectuels et opposants politiques (1945- 1975), nationalisation (1959- 1960) , eùpuration de la presse et des artistes dans le proceøs Nhaân Vaên Giai Phaåm et le guet apens litteùraire Traêm Hoa Ñua Nôû (1954- 1956), harceølement des religions et sectes , nettoyage interne dans l’ Armeùe populaire et le Parti Communiste au greù des fluctuations ideùologiques en Russie sovieùtique et en Chine rouge.

Apreøs Avril 1975, ce fut le tour du Vieätnam Sud qui fut transformeù du jour au lendemain en un gulag immense geùreù par un Corps expeùditionnaire Nordiste : l’õ infrastructure Sudiste fut deùmanteleùe, le Front de Libeùration Nationale ou FLN liquideù, plus de 2 millions et demi chasseùs du pays, les habitants envoyeùs en masse dans les zoânes eùconomiques nouvelles, le systeøme moneùtaire deùmanteleù, nationalisation acceùleùreùe des biens de production et des proprieùteùs priveùes, rationnement alimentaire systeùmatique pour affamer et controâler la population " par l’õ estomac". Le Sud VN, exsangue apreøs 20 anneùes de lutte fratricide, fut saigneùe aø blanc .

Duperie est la seconde nature des dirigeants du PCV. Dire et agir sont deux choses diffeùrentes. Dans un reùgime guideù par l’õ appaât du gain et ignorant le reøgne du droit, Constitution, traiteùs internationaux, contrats d’õ affaires , lois voteùes.. sont,, deùrisoirement, lettres mortes . Les rapports peùriodiques de la Commission des Droits de l’õ Homme, d’ Amnesty International, d’ Asia Watch ont souligneù maintes fois cette situation . Fin l995, l’ organisation Vietnam Human Rights Watch en Californie a publieù son reùquisitoire de 697 pages intituleù " Red File, 50 years of violations of human rights in Communist Vietnam , 1945- 1995 " exposant diverses violations du PCV. Le Gouvernement du Vieätnam , membre des Nations Unies en Septembre 1976, est automatiquement signataire de la Deùclaration Universelle des Droits de l’õ Homme adopteùe le 4 . 12. 1960. Cependant jusqu’aø ce jour, il ignore deùlibeùrmeùnt les obligations internationales auxquelles il est leùgalement lieù. Cette attitude est une provocation au Monde Libre qui - regrettablement – n’õa pas reùagi en conseùquence .

En conclusion, l’ erreur fondamentale est , deùfinitivement, de croire que les principes des Droits de l’Homme n’ ont pas le caracteøre de leùgitimiteù s’õils ne se conforment pas aux pratiques et modes de penseùe dominants. Si toutes les nations du monde se conformaient deùjaø aux normes exposeùes dans les documents sur lesdits Droits , nous n’õ aurions pas besoin de ces documents .

La Deùclaration Universelle des Droits de l’ Homme repreùsente une norme aø atteindre pour toutes les nations. Un ideùal de justice. Une norme , dans le sens prescriptif plutoât que descriptif. Deøs lors, le monde doit continuer sa lutte pour concreùtiser davantage l’õ universaliteù des Droits de l’õ Homme et s’ûavancer par eùtapes, si possible, vers la " mondalisation et l’ eùtat de droit de la citoyenneteù" dont parle O. Paye dans son article "Les Droits de l’ Homme apreøs Auchwitz. Un eùdifice en voie d’ acheøvement " ( Revue Politique, Janvier 1996, #1, Bruxelles ) .

Les normes internationales, en effet, ne sauraient eâtre rejeteùes pour la simple raison que certains pays pratiquent encore la torture et refusent d’õ accorder aø leurs citoyens la liberteù de conscience .

Non, l’õ exceptionalisme normatif n’õ est pas admissible. Il doit disparaitre. Pour permettre au monde de progresser.

 

LAÂM LEÃ TRINH
Thuûy Hoa Trang
30.9.96
Huntington Beach , CA

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